Trappes - Les Dents de scie : un patrimoine vivant

Construite dans les années trente, les Dents de scie, cité ouvrière pavillonnaire située dans le quartier Jaurès à Trappes, a bien failli être rasée, avant d'être finalement inscrite à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques, grâce à la mobilisation des habitants, de la commune et du musée de la ville.

Trappes - Les Dents de scie : un patrimoine vivant

Dans les années vingt, l'État, pour résoudre la crise du logement, crée les Offices des habitations à bon marché. Entre 1924 et 1935, celui de Seine-et-Oise, aujourd'hui nommé Opievoy (Office public inter - départemental de l'Essonne, du Val-d'Oise et des Yvelines) procède à la réalisation de plusieurs cités, dont celle des Dents de scie à Trappes, construite en 1931 par les architectes Henri et André Gutton.

Naissance d'une cité cheminote

Dents de scie dans les années 20Le quartier des dents de scie dans les années 20.Certains locataires, tels que Pierre Prigent, 73 ans, y habitent depuis sa construction. « J'y ai passé mon enfance, entre les champs et la gare, commente-t-il. À l'époque, il n'y avait que des cheminots, ça créait des liens. »
La cité était réservée notamment aux ouvriers du chemin de fer et les consignes de la Compagnie de chemin de fer étaient claires : les cheminots travaillant surtout la nuit, ils n'avaient pas besoin d'un grand jardin, mais devaient pouvoir se reposer en se sentant « chez eux ».

Malgré un budget modeste, les Gutton créent un habitat fonctionnel et original (porches donnant sur de petits jardins, buanderies), qui fut à l'époque une réussite de l'habitat social.
Architecturalement, les façades sont simples, les toits en terrasse, l'avenue rythmée par un enchaînement de fenêtres. Pour cette réalisation, les architectes se sont inspirés des cités ouvrières allemandes de facture moderne.

 
Les Dents de scie dans les années trente.

Un monument historique

Dentsde Scie webLes Dents de scie de nos jours.L'Opievoy trouvant ces bâtiments trop « datés », les Dents de scie ont bien failli disparaître. Mais, finalement, en 1992, la cité fut protégée et réhabilitée par Antoine Grumbach (architecte de l'université de Versailles - Saint-Quentin).
« Les pavillons ont été ravalés, les porches ouverts sur le jardin sont devenus pour beaucoup des cuisines et la buanderie où se trouvaient deux bacs en ciment a été transformée en salle de bain. Quant aux fosses sceptiques, elles ont permis d'agrandir les caves. Dire que quand j'étais petit les vidangeurs passaient leur tuyau par la salle à manger pour les nettoyer... », se rappelle Pierre Prigent.

 Nicolas Gervais pour le Petit Quentin de juin 2004


Les Dents de scie en dates

> 13 juillet 1928 : Vote de la loi Loucheur sur l'habitat social. Les logements ouvriers doivent être plus gais, propres et faciles à entretenir.
> 1931-32 : Henri Gutton et son fils, André, réalisent la cité des Dents de scie à Trappes.
> 1989 : L'Opievoy annonce son intention de raser la cité pour y construire de nouveaux logements.
> 1992 : Classement de la cité.