Elancourt - Audacieux "Pistons et cyclindres"

Après mai 1968, les initiatives des maîtres d'ouvrage privés se libèrent au détriment de l'urbanisme d'État. Ainsi, à Élancourt, des architectes imaginent deux types de logements individuels dans le cadre de l'opération « résidence du Pré-Yvelines », surnommée également « pistons et cylindres ». Révolutionnaire.

Elancourt - Audacieux "Pistons et cyclindres"

Rue Verte, rue Bleue, rue Rose... Pas de doute, nous sommes bien aux « pistons et cylindres », également appelées « maisons OCIL », du nom de leur promoteur. Au début des années 1970, les architectes Martine et Philippe Deslandes, qui réaliseront plus tard le quartier des 7 Mares (Élancourt), la halle (quartier Saint-Quentin) ainsi que plusieurs programmes dans les villes nouvelles, remportent un concours dit Chalandon - du nom du ministre de l'Équipement de l'époque. Objectif : concevoir à Saint-Quentin-en-Yvelines, loin des grands ensembles, des logements individuels à caractère social.


AP01 01088 webLa résidence des « pistons et cylindres » (10 hameaux) a été édifiée au début des années 1970. Elle se compose de 81 maisons de plain-pied et de 119 logements de type R+1.Deux types de constructions innovantes, à toit plat et aux formes arrondies, sortent de leur imagination : des maisons de 3, 5 ou 6 pièces construites de plainpied (les « pistons ») et des maisons à étages de 4, 5 ou 6 pièces organisées autour d'un escalier central (les « cylindres »).
« Ce ne sont pas des constructions banales, explique Monique Morvan, pionnière arrivée ici en 1973, tout comme de nombreux militants associatifs de la ville nouvelle. Nous n'avions qu'un salaire, il fallait trouver quelque chose dans nos moyens. Ici, nous bénéficiions d'espaces verts et il y avait une école maternelle intégrée. »

Outre les aspects pratiques comme la circulation intérieure piétonne, la résidence fait preuve d'originalité : « l'escalier donne sur une ouverture en verre dans le toit, confie Monique. Le soir nous regardions les étoiles avec mon mari. C'était romantique. »

Des orangers, bateaux, bouteilles... décorent les murs pignons. « Certains ont supprimé ces dessins, c'est dommage car c'est une signature de l'architecte, qui confère un côté avantgardiste à la résidence. » Avant-gardiste et visité par les étudiants en architecture du monde entier, signe de sa renommée.
Pourtant, tout n'a pas été rose et les habitants ont dû se battre pendant vingt ans au sein d'une association de défense pour pallier certaines malfaçons liées aux économies de construction faites pour livrer un programme très peu cher.

L'esprit pionnier

 webDes dessins décorent les murs pignons, conférant un côté avant-gardiste à la résidence.Il y a d'abord eu le système de cloisons placards mobiles qui a fini par se figer, puis l'épaisseur des murs qui n'était pas aux normes, l'humidité, les infiltrations... autant de désagréments qui, au lieu de décourager les habitants, ont créé une véritable vie de quartier. « La première année, dans le jardin, on avait tous les pieds dans l'eau... Paradoxalement, j'en garde un très bon souvenir. Nous étions tous jeunes, il y avait des enfants partout et beaucoup de solidarité. »
Aujourd'hui, la ténacité de Monique et de ses amis a enfin payé et la très grande majorité des maisons ont été  réhabilitées. Les nouveaux arrivants profitent de ce confort sans soupçonner le travail accompli. Mais, avec les désagréments des débuts, c'est aussi un peu de l'esprit pionnier qui s'en va...


Nicolas Gervais pour le Petit Quentin de mai 2004